As de pique

Paul Guelpa

Conseils d’un aquarelliste

né le 12/2/1899 – mort le 5/3/1995

Biographie de l’insaisissable lumière Paul Guelpa ici 👈

Notes prises à Annecy entre 1986 et 1995
par Christiane et François Darbois

« J’ai cherché sans trêve des cimes extraordinaires, j’en ai fait des croquis, monts et fleuves se sont rencontrés avec mon esprit, et leur empreinte s’y est métamorphosée, en sorte que finalement il se ramènent à moi. » (Shitao, Les propos sur la peinture du moine Citrouille-amère, Hermann, Paris, 1984)

« Celui qui a reçu de la nature l’heureuse influence de l’observation, et cette légère teinte de mélancolie qui fait trouver le bonheur au sein de la solitude, celui qui éprouve le besoin, je dirai même une douce volupté à se trouver seul au milieu des campagnes et des bois, dans le silence de la nature, celui-là est né paysagiste ».

Harpignies disait à ses élèves 2 heures à passer dans la nature: 1 h3/4 pour dessiner; 1/4 h pour peindre. C’est exagéré, mais le fond est vrai. Il faut repérer les parties claires et foncées, l’ombre et la lumière.

Attention aux valeurs ! Clignez des yeux pour supprimer les détails. Rechercher l’effet avant tout. Attirer l’attention sur le sujet principal. Peindre large, pas trop de détails qui dispersent l’attention. La grande charpente des objets et les masses d’ombres, voilà l’essentiel de la composition qui doit servir à mettre en valeur le sujet. Ne pas vouloir tout montrer, suggérer une émotion, un étonnement. Dans une pochade il y a toujours plus d’émotion que dans un tableau qui a été exécuté d’après elle. En peinture, les enfants de l’amour sont toujours les plus beaux.

La composition d’une aquarelle peut se faire en triangle ou en diagonale en croisant des zones claires et foncées. Il faut d’abord chercher les zones de lumière et la ligne d’horizon. Composer le paysage en le simplifiant et au besoin déplacer des objets. Laisser des trouées dans les masses, des réserves blanches entre les masses. Les parties éclairées du second plan peuvent être vaporeuses pour éloigner l’horizon. Mettre peu de détails dans les branches, quelques feuilles et deux ou trois branches bien exécutées font deviner le reste. Avoir une seule teinte mère, que l’on additionne pour avoir la teinte voulue.
Le charme particulier de l’aquarelle tient à la transparence du papier; la preuve c’est qu’elle perd de cette qualité quand on gouache quelque peu ou que l’on peint à sec. Elle la perd entièrement dans une gouache. Les plus habiles aquarellistes ne font les ciels qu’en tremblant. « Un ciel retouché est un ciel manqué. » (E. Delacroix)

L’eau comme le ciel doit être traitée sur du papier humide. Pour les couleurs foncées, couler les teintes dans le papier humide. On peut appliquer un glacis léger par dessus l’aquarelle, lorsqu’elle est sèche, mais avec des teintes très transparentes (vert émeraude, bleu céruleum, laque carminée, rose doré.)

Peindre à l’ombre du soleil et dans un endroit à l’abri du vent pour éviter que la peinture ne sèche trop vite. Chercher une impression, la peinture doit exprimer un sentiment plus que de représenter quelque chose. C’est souvent dans ce que l’on ne voit pas que réside tout le charme. Il faut plus suggérer que représenter. Ne pas faire tout voir mais donner à rêver. C’est le sous entendu dans la conversation d’un homme d’esprit qui fait son génie. De la simplification dans les lignes, naît la grandeur d’un style. Attention à la photo, elle agrandit et déforme les premiers plans. Les valeurs sont fausses. Il vous faut créer un ensemble calme et paisible, reposant laissant la porte ouverte à l’imagination. Ouvrir sur un ailleurs, pour ouvrir sur un espace différent celui où l’on communie à la présence mystérieuse cachée dans ce paysage.

Un tableau pour être complet doit apporter trois sources de délectation: la joie des yeux qui attire, la joie de l’esprit qui captive, la joie du cœur qui retient. Le tableau, c’est le reflet physique, mental, et psychique de l’artiste. (A. Drouaut).

Lumière : Choisir d’où vient le soleil, à droite ou à gauche jamais de dos ni vraiment de face; chercher les zones de lumières et bien observer les ombres, au besoin les allonger un peu. Mettre des raies de lumières entre les arbres.

Chercher la ligne d’horizon à la hauteur des yeux. Trouver les points de fuites et construire la perspective à partir des points situés sur la ligne d’horizon.

Dessin 1h30 Dessiner en composant. Respecter les quatre nombre d’Or en largeur et en hauteur. Choisir un seul sujet à la fois. Placer les objet, premier plan les lointains, les pleins et les vides sur ces nombres d’or du tableau. Ne pas le mettre au centre de la feuille, mais le décaler dans les rapports de la section dorée.

Mouiller complètement le papier, attendre un peu et commencer par le ciel puis les lointains, finir par les premiers plans. Remouiller au fur et à mesure si cela sèche trop vite.

Ciel : Peindre le ciel à grand coup de pinceau horizontaux cobalt en haut, céruleum à l’horizon, une pointe de rose doré fait fuir le ciel. le pinceau de gauche à droite, en biais. Faire fondre l’arrête des montagnes au pinceau plat mouillé.

Montagnes : Travailler dans l’eau, bien dessiner, laisser sécher un peu et modeler les ombres avec du bleu indigo, laisser les lumières en blanc. Effacer avec un pinceau mouillé à l’eau, faire des brouillards dans les fonds de vallées en pompant avec une éponge avant que cela ne soit trop sec. Reprendre le dessin des montagnes les plus découpées toujours dans le mouillé, pour souligner les arêtes. Passer très légèrement de la laque carminée sur les parties ensoleillées pour les couchers et les levés de soleil.

Lointains Passer un film de bleu céruleum ou de rose doré;

Blancs : Laisser des blancs autour des objets, des tranches claires le long des toits et respecter les. Cela allège et éclaire le tableau.

Forêts : Peindre les forêts en bleu indigo + terre de Sienne naturelle pour les sapins + laque carminée.

Pour les 2ème plan ensoleillé : forêt en bleu indigo assez foncé, pré vert olive et jaune citron auréoline dans les parties les plus proches. Mettre 3 et non deux sapins vert émeraude + terre ombre brûlée + sépia pour casser le vert. Couler les teintes très foncées dans les ombres et au milieu des troncs.

Arbres : Peindre les arbres qui montent vers le ciel, plus clair, en gris bleu. Peindre les arbres en vert clair puis faire les ombres très foncées. Couleur générale claire (citron ou auréoline) en laissant des blancs pour les trous de ciel dans la masse des branches.

Branches : Dessiner les branches en commençant par le haut. Dans les parties éclairées des branchages, faire des parties vaporeuses en 2ème plans en travaillant dans le mouillé pour commencer. Casser les branches, les faire anguleuses, jamais courbes, plus elles sont hautes, plus elles sont bleues. Ne jamais les faire toutes de la même couleur. Celles qui viennent vers vous sont plus vives et plus fortes d’intensité, celles qui s’éloignent sont pâles et plus floues, les faire violet si on ne sait pas trop. Bien travailler une partie mais simplifier le reste. Prendre une teinte mère que l’on additionne de la teinte voulue pour peindre les différentes parties; dégrader les ombres. Pour la lumière et les taches ensoleillées, on peut mettre des touches de jaune citron ou d’auréoline sur les branches. Ajouter à sec quelques accents foncés. Reprendre les ombres des branches; accompagner les arbres par quelques pointillés de branches; rapprocher avec quelques touches de jaune indien. Les tons d’automne sont donnés par l’ombre naturelle ou l’orangé, utiliser de préférence, les terres naturelles..

Troncs Terre d’ombre + Violet de cobalt et indigo très foncé, toujours dans le mouillé faire quelques troncs et branches. D’autres troncs peuvent être faits en carmin de garance + indigo ou outremer + terre de Sienne brûlée.

Feuilles mortes Terre de sienne naturelle et brûlée + laque carminée. Terre d’ombre naturelle + Sienne brûlée donnent plus de lumière et de transparence au feuillage.

Ombres : Ombres des arbres, mettre du rouge dans le vert. Ne jamais les faire parallèles au bord du tableau, elles doivent être obliques par rapport au tableau. Rejoindre la ligne d’horizon. Dans l’eau ombre bleu outremer + terre de sienne + orangé. Peindre toutes les ombres avec un mélange de bleu indigo et de terre de Sienne brûlée ou sépia coloré. Peindre dans les tons gris afin de réserver des lumières pas trop vives. Le passage d’une ombre chaude à une lumière froide s’opère à l’aide d’un ton froid.

Lumières : Des lumières chaudes entraînent des ombres froides, des lumières froides des ombres chaudes. Les corps mats absorbent la lumière; les corps polis, la reflètent. Éclairer avec du rose doré les lointains, et avec du jaune citron ou auréoline les premiers plans, les arêtes des toits, les extrémités des branches.

L’Eau : À l’horizon bleu outremer ou cobalt, puis dégrader en mettant du vert émeraude, bleu céruléum+ cobalt + sépia pour foncer les parties dans l’ombre.

Cascades : Elles doivent être peintes à contre jour, sombres dans le bas et plus éclairées dans le haut. Un reflet dans l’eau doit être bien uni.

Prés : Pas de détail, peindre des masses, bien dégrader depuis l’horizon. Peindre les prés en mélangeant le vert olive et le vert de Hooker + Terre de Sienne brûlée, ou bleutée dans les lointains avec du vert émeraude + bleu céruléum, de l’indigo très léger éloigne, le mettre en filet le long des feuilles et l’estomper en descendant dans le pré. Mettre des accents à la fin pour marquer la pente et les talus; rouge indien pour les ombres; vert émeraude pour l’eau; pour les feuillages lumineux à contre-jour mettre un peu de jaune indien ou d’auréoline.

Chemin : Terre de Sienne naturelle, bleu céruleum

Neige : Laisser le blanc du papier, bleuter à l’ombre, bleu outremer et violet le soir, céruléum le matin et cobalt en pleine lumière le matin et le soir. Les ombres sur la neige : terre d’ombre + Bleu outremer.

Chalets : Sienne brûlée en haut des façades puis bleus indigo ou gris de Payne en bas pour les bois délavés par la pluie et la neige. Casser les lignes au bord des toits. Sur la neige et dans les zones d’ombre des maisons: terre d’ombre et bleu outremer. Dans une façade foncée mettre des volets en ton céruléum sur les parties réservées en blanc.

Maisons en Pierre : Attention à bien réserver sur les façades!; employer terre de sienne naturelle + bleu

– Dans les parties basses des murs : un peu de vert olive. cela assied la maison et fait monter les murs.

– Dans une façade foncée, peindre les volets en bleu céruléum, sur les parties réservées en blanc.

– Les sommets des toitures sont un peu plus foncés que les parties basses

Respecter la perspective des couleurs . La profondeur est donnée par les lignes et la perspective, mais aussi et surtout par les couleurs: lointains: bleu céruléum et rose doré; puis indigo, puis vert émeraude + bleu, puis brun et jaune, au premiers plan: les couleurs vives, les rouges et jaunes, les verts chauds et vifs.

Les couleurs en aquarelles

(théorie Guelpa 10/6/86)

Les Bleus :

  • Outremer (eau),
  • Cobalt (premier plans de ciel ou d’eau)
  • Turquoise
  • Céruléum (lointains de ciel
  • Indigo (lointains, montagnes, sapins)

Origine minérale : La chysocolle comme la turquoise doit sa couleur aux atome de cuivre. Le Lapis-lazuli est une pierre dure extraite des montagnes afghanes

Origine végétal : l’indigo est un arbustre dont les Indiens parvinrent à extraire une teinture bleue d’une grande beauté: le bleu des Indes, bleu jeans.

Aujourd’hui les plus belles peintures bleu renferme des phtalocyanines, pigments de synthèse ressemblant à la clorophile et renfermant un atome de cuivre

Les Jaunes :

  • Ocre (ton chaud premier plan
  • auréoline (feuillage à contre jour)
  • jaune indien , (  »  »  » )
  • jaune de Naples (chaud)
  • cadmium,
  • citron ( lointain éclairé, froid) lumière sur les bords de toits
  • Orange d’alizarine,

Origine minérale : L’auripigmentum est un sulfure d’arsenic extrêment toxique utilisé dans l’antiquité.

Origine végétale : La gaude, ou herbe des juifs.
Le jaune indien provenani de l’évaporation de l’urine de vache assoiffées et nouries avec des feuilles de mangier

synthèse : jaune de cadmium et de chrome

Les Rouges

  • Rouge indien ou de Venise, Rouge indien +
  • ocre jaune pour les toitures, Carmin de Garance,
  • Laque cardinal, Vermillon

Origine minérale : l’ocre rouge , argile contenant des oxydes de fer voisins de la rouille est la première matière colorante employée par l’homme. Celui ci s’en enduit le corps ainsi que celui des défunts. A partir de -40000 ans il en décore les parois des grottes.

Origine végétale : La garance contient un colorant rouge vif

Les Verts

  • Émeraude , Olive, de Hoocker, vert de vessie …

(toujours mélanger les verts avec des bleus,des jaunes et du sépia coloré)

Origine minérale : La malachite, carbonate de Cuivre est une pierre semi-précieuse que les Egyptiens broyaient pour peindre les fresques et hieroglyphes

Divers :

  • Sépia coloré pour les bois foncés et les lavis,
  • Gris de Payne, pour les bois décolorés
  • Violet de Cobalt, pour les ombres et les troncs

Origine animal : les murex, pourpre de Tyr

synthèse : la mauvéine

Les Terres :

  • Sienne Naturelle et Brûlée,
  • Ombre naturelle et brulée ,

Couleurs complémentaires

  • Bleu & Orangé
  • Vert & Rouge
  • Jaune & Violet

Jamais de Blanc

ni de Noir en aquarelle!

Le Rouge détruit le Vert et donne du gris

L’Orange détruit le Bleu et donne du gris.

Le Jaune détruit le Violet et donne du gris.

L’Ingigo reste seul.

Spectre solaire : Rouge Orange Jaune Vert Bleu Violet Indigo

Toute couleur est faite de plusieurs couleurs associées, teintes propres de l’objet et teintes de la lumière qui l’éclaire. Couleur primaires (jaune, bleu et rouge) et secondaire(vert, orangé, orange) et le cercle chromatique permettent aisément de comprendre que chaque couleur primaire est complémentaire d’une couleur secondaire qui résulte du mélange des deux autres couleurs primaires: Toute couleur tend à colorer de sa complémentaire l’espace avoisinant. Une croix rouge sur du Blanc apparaît verdâtre. Si deux couleurs contiennent deux composantes communes, celles-ci s’atténuent par leur juxtaposition (le vert et le violet contenant tous deux du bleu, apparaissent moins bleutés par leur juxtaposition).

Deux couleurs complémentaires s’exaltent par juxtaposition et au contraire, se détruisent par leur mélange.

Après avoir passé de la couleur, sécher avec un pinceau de suite si vous voulez donner des effets de brume et de fumée, de relief ou de lumière. Dans les lointains il faut faire des dégradés de couleurs violet, bleus gris, indigo rosés ou jaunes citrons. Mettre légèrement plus de couleur en haut à l’horizon. Il ne faut pas oublier que la couleur perd 20% de sa force en séchant.

Il ne faut pas employer toutes les couleurs à l’état pur, une seule couleur violente suffit pour vivifier la composition. Exagérer diminuer et supprimer, trois opérations de base de l’aquarelliste, que se soit sur les lignes, les couleurs ou les surfaces. Si un plan clair repousse un plan plus sombre placer devant lui et si est à son tour poussé en avant par le plan sombre qui lui succède, il s’établit du haut en bas une succession d’oscillations qui donnent le sentiment de la profondeur.

Note de Rubens sur les peintres Vénitiens :. 1/4 pour la lumière, 1/4 foncé et le reste en demi-teintes.

Conclusion

« Il me faut garder à l’esprit ceci; transforme cette noire existence en couleurs positives, donne foi à la vie – fais ainsi pénétrer l’amour. Chez Mozart, la forme enjouée renferme le sérieux le plus profond – et tu supportes chez lui les choses les plus tristes comme s’il s’agissaient d’une promenade sous des arbres en fleurs. N’est-ce pas le secret du « grand art » (Jules Bessier, le 7 Mai 1944, p. 18-19)
« Vous voulez faire de la peinture? Commencez alors par vous couper la langue, car désormais vous ne devez vous exprimer qu’avec vos pinceaux » (Matisse) Alors, je vais me taire, et vous laissez découvrir, ce que seule l’expérience et le contact de la couleur pourra vous enseigner.

François Darbois

Voir également les peintres présenté sur le site http://darbois.francois.free.fr

Lac d’Annecy Aravis Bauges Bretagne Provence Alsace Collioure Chapelles Châteaux Nature mortes Moulins Cascades Retour : Le club des aquarellistes
@ 2003 François Darbois 0033 671239745 mise à jour le 03 avr. 2006

Le tableau du samedi 

《 Le samedi, on présente un seul tableau en quelques mots en disant pourquoi il nous plait ou nous émeut, ou nous trouble.
Et voilà.

Vous n’avez pas fait les beaux arts ? Moi non plus
On parle d’émotions,
deux mots sur le peintre,
et on partage
dixit mamazerty

On s’inscrit (ou pas) à la communauté là :

https://www.over-blog.com/community/le-tableau-du-samedi-de-lady-marianne

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3 réflexions au sujet de « Paul Guelpa »

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