As de pique

Scène de mémoire

Le Subdray

Le 22 juin 1940, dans le wagon de Rethondes (forêt de Compiègne), en signant l’armistice face à Hitler, les autorités françaises reconnaissent la division du pays en plusieurs secteurs d’occupation.

Véritable frontière imposée par l’occupant allemand à la France, la ligne de démarcation s’étend sur 1200 km depuis la frontière suisse jusqu’à la frontière espagnole. Elle traverse alors 13 départements dont celui du Cher, de Thénioux à Mornay-sur-Allier. Comme pour d’autres départements, la ligne de démarcation coupe le Cher en deux jusqu’en mars 1943. Pour notre département du Cher, le territoire situé au nord de cette ligne est en « zone occupée » par les forces militaires et policières allemandes, au sud, la zone dite « libre », demeure sous le seul contrôle du gouvernement de Vichy.

A l’image du reste du pays, la zone occupée dans le Cher est la plus peuplée et la plus industrialisée, mais son ravitaillement dépend largement de la zone sud, plus rurale. Outil de contrôle et de surveillance, dès le début de l’occupation, la ligne de démarcation supprime de fait la liberté de circulation du courrier (lettres, cartes postales, colis, imprimés, journaux, transfert d’argent), mais aussi des marchandises et des personnes. Postes de gardes allemands et français matérialisent cette ligne sur les routes et voies ferrées. Toute personne désirant franchir cette frontière doit présenter un laissez-passer (ausweis) délivré par les autorités allemandes. Pour les frontaliers, habitants dans une bande de 10 km de chaque côté de la ligne, les ausweis sont délivrés après de nombreuses démarches, par la « kreiskommandantur » allemande du lieu de passage. Il faut justifier, notamment, d’une activité professionnelle. C’est le régime dit « de la petite frontière ». Ils peuvent également être délivrés pour un unique passage lors de circonstances exceptionnelles (familiales ou autres). Les frontaliers font preuve de beaucoup d’imagination pour tromper la surveillance allemande et permettre aux clandestins de franchir la ligne. De véritables filières d’aide au passage clandestin sont organisées. Certains passent aux postes de contrôles avec des « ausweis » obtenus grâce à de fausses cartes d’identités, d’autres dissimulés dans les véhicules, dans les trains, dans les convois funéraires. Plus nombreux sont ceux qui traversent la ligne entre les postes allemands et leurs patrouilles, guidés par des frontaliers qui risquent leur liberté et leur vie. Ils passent à travers bois et champs et aussi en barque sur le Cher. Ces filières d’aide au passage clandestin sont l’une des premières formes d’organisations de résistance dans le département.

Dès sa mise en place, la ligne de démarcation s’avère également un outil fort utile pour Vichy et les Allemands dans l’application des mesures visant la population juive. Les Juifs qui ont fui vers le sud de la France pendant l’exode se font refouler par les Allemands en vertu d’une ordonnance du 27 septembre 1940 interdisant aux Juifs l’entrée en zone occupée. Mais la plupart des Juifs vont rapidement chercher à fuir les persécutions et les rafles organisées par les autorités françaises et allemandes dans cette zone occupée.

En zone occupée les allemands utilisent les autorités administratives françaises pour faire appliquer leurs décisions, tout en mettant en place une Feldkommandantur à Bourges et des Kreiskommandantur et des Ortskommandantur dans les autres sous préfecture et villes moyennes. De ces différentes et multiples administrations, nait chez les berrichons un sentiment de très grande confusion. Des affiches sont placardées pour déterminer les attributions et les divers services.

De nombreuses femmes servent d’agents de liaison. Pour cela elles prennent des noms de code comme par exemple la berrichonne Monique Bled, alias « Martine » ou Pearl Cornioley alias “Pauline”.

Leur rôle est souvent de passer des informations d’un côté à l’autre de la ligne de démarcation. C’était pour elles l’occasion de mettre en avant toutes leurs ressources et leurs qualités d’adaptation ainsi que leur courage. Les enfants ont également été sollicités car ils pouvaient être très discrets. Ainsi, beaucoup de messages sont-ils passés par eux. Ces derniers avaient aussi pour avantage d’attendrir les autorités allemandes plus facilement.

Les messages peuvent être écrits. Ils sont alors transportés de manière cachée : dans le guidon comme le raconte Monique Bled « j’en glissais dans le guidon du vélo ou encore dans la sacoche, en utilisant le papier pour envelopper une bricole quelconque » (Pearl Cornioley, Pauline : parachutée en 1943 : la vie d’un agent du SOE, témoignage recueilli par Hervé Larroque). Cependant les écrits sont dangereux et si ces femmes sont arrêtés, elles risques la prison, la torture voire la mort. Ainsi Hélène Delaille est condamnée par la Kommandantur de Châtres à trois mois de prison à Romorantin pour avoir été surprise avec 3 lettres en train de passer la ligne de démarcation. C’est pourquoi certaines préfèrent transporter des messages oraux, qu’elles mémorisent et récitent à leurs destinataires. « Dans la mesure du possible, je n’emportais pas de messages écrits » raconte encore Monique Bled (Benoît Thiault La ligne de démarcation dans le Cher).

Les passeurs étaient chargés de transmettre des informations et d’acheminer des marchandises ou des personnes. Par exemple, Françoise Seligmann, était une assistante sociale qui est devenue une résistante tout en continuant son travail. Elle a opéré sur Lyon où son travail consistait à rechercher dans les prisons des agents disparus, à les ravitailler, et à organiser leur évasion: faux papiers, transports, lieux d’accueil. Elle mettait ainsi en place un réseau d’accueil pour les évadés. (source internet: wikipédia). De nombreux agents réalisaient ce type de missions. Leurs succès dépendaient de la qualité de l’organisation de l’occupant.

La ligne de démarcation, cette plaie au cœur de la France, ne doit pas être oubliée.

Source Le patriote berrichon et le petit berrichon

Ma participation à《 Scène de rue 》de chez Covix-lyon.

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11 réflexions au sujet de « Scène de mémoire »

  1. Bonjour,
    Merci pour cette belle participation; c’est vrai, il ne faut pas oublier cette France coupée par une frontière honteuse et le courage des passeurs qui ont joué un grand rôle dans cette période sombre.
    Bonne journée
    Bises

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